Comparaison architecturale entre les médersas Bou Inania et Al-Attarine de Fès
Publié le 18 avril 2024

Le vrai choix entre la médersa Bou Inania et Al-Attarine ne se fait pas sur la taille, mais sur la capacité à décrypter leur dialogue architectural.

  • Bou Inania offre une grammaire monumentale, quasi publique, avec son minaret et son horloge hydraulique s’ouvrant sur la ville.
  • Al-Attarine compose une poésie intime et précieuse, un bijou ciselé dont chaque détail invite à la contemplation rapprochée.

Recommandation : Apprenez ici à lire leur langage pour choisir, non pas la plus belle, mais celle dont l’esthétique résonne le plus avec votre propre sensibilité.

Face aux joyaux de Fès, l’amateur d’architecture pressé par le temps se heurte à un dilemme cornélien : faut-il pousser la porte de la majestueuse Bou Inania ou se laisser envoûter par la délicate Al-Attarine ? La plupart des guides tranchent par une comparaison de surface : l’une est grande, l’autre petite ; l’une est un complexe, l’autre un écrin. Cette vision, bien que factuelle, passe à côté de l’essentiel. Elle propose un choix basé sur des dimensions, là où l’art mérinide exige un choix fondé sur une émotion, une sensibilité.

En tant qu’architecte spécialisé dans cet art subtil, je vous propose de déplacer la question. Plutôt que de demander « laquelle visiter ? », interrogeons-nous : « quel langage architectural souhaitons-nous écouter ? ». Car ces deux médersas ne sont pas des monuments à voir, mais des textes à lire. Leurs murs parlent un langage de bois de cèdre, de plâtre et de zellige ; leur silence raconte une histoire de spiritualité et de savoir. Le choix ne se situe donc plus entre deux objets, mais entre deux discours esthétiques distincts et complémentaires.

Cet article n’a pas pour but de vous imposer une réponse, mais de vous donner les clés de lecture. Nous allons apprendre à déchiffrer la grammaire des matériaux, à comprendre la syntaxe de la lumière et à saisir la poésie du vide. À la fin de cette lecture, vous ne choisirez plus une destination, mais une conversation. Vous saurez si votre âme d’esthète aspire à la prose monumentale de Bou Inania ou à la poésie intimiste d’Al-Attarine. Le choix ne sera plus touristique, mais profondément personnel.

Pour vous guider dans ce choix esthétique, cet article vous propose un parcours initiatique. Nous décrypterons ensemble les secrets de l’architecture mérinide, des matériaux qui la composent à l’atmosphère qu’elle crée, pour vous permettre de faire un choix éclairé et personnel.

Comment lire l’architecture : la différence entre le bois de cèdre sculpté et le plâtre ciselé

Observer une médersa mérinide, c’est assister à un dialogue silencieux entre trois matériaux nobles : le zellige, le plâtre ciselé (stuc ou *gebs*) et le bois de cèdre sculpté. Comprendre leur rôle respectif est la première clé de lecture. Le zellige, par sa nature géométrique et colorée, ancre la structure dans la terre et la tradition mathématique. Au-dessus, le plâtre prend le relais, plus aérien. Les artisans mérinides le travaillaient avec une minutie infinie pour créer des entrelacs, des arabesques et des calligraphies coraniques, captant la lumière pour la diffuser en douceur.

Le bois de cèdre, quant à lui, couronne l’édifice. On le retrouve dans les auvents protégeant les façades, les portes monumentales et, surtout, les impressionnants plafonds à caissons. Contrairement au plâtre, le bois de cèdre accueille souvent des motifs floraux et épigraphiques plus souples. Sa fonction n’est pas seulement structurelle ; un plafond en bois sculpté, par la profondeur de ses reliefs et la chaleur de sa matière, est conçu pour inspirer la contemplation. Lever les yeux vers un plafond de médersa, c’est déjà entrer en méditation. Le plâtre diffuse la lumière du savoir, le bois invite à l’élévation spirituelle.

Chaque matériau possède donc son propre vocabulaire. Le plâtre, par ses reliefs subtils, joue avec la lumière du jour, créant des ombres mouvantes qui animent les murs. Le bois, par ses sculptures profondes, crée des contrastes forts, des zones d’ombre et de lumière qui donnent une impression de puissance et de pérennité. Apprendre à les distinguer, c’est commencer à comprendre l’intention de l’architecte : créer une harmonie visuelle qui soit aussi un parcours spirituel pour l’étudiant.

Pourquoi les chambres des étudiants étaient-elles si petites et spartiates ?

En montant à l’étage des médersas, le visiteur est frappé par un contraste saisissant. Après l’opulence ornementale de la cour, il découvre des cellules d’étudiants d’une austérité monacale. Minuscules, dépouillées, éclairées par une simple petite fenêtre, ces chambres semblent appartenir à un autre monde. Cette différence radicale n’est pas un hasard ou une contrainte économique ; c’est un choix architectural et philosophique délibéré. La splendeur de la cour, avec sa fontaine, ses zelliges et ses sculptures, symbolise la richesse et la beauté infinie du savoir divin. C’est l’espace commun, celui de l’étude, de l’échange et de la prière.

Ce contraste est la leçon la plus fondamentale de la médersa : la quête du savoir exige un dépouillement personnel. La cellule spartiate rappelle à l’étudiant que la vie matérielle est secondaire. Le véritable trésor n’est pas dans ses possessions, mais dans la connaissance à laquelle il a accès quelques mètres plus bas. Cette opposition architecturale est une pédagogie en soi.

L’aménagement de ces cellules, bien que simple, était scrupuleusement pensé. Comme le souligne une analyse de l’architecture de la Médersa Ben Youssef, l’espace de lecture était toujours positionné près de la fenêtre pour capter le maximum de lumière naturelle, tandis que l’espace de repos, souvent une alcôve en bois, se trouvait dans la partie la plus sombre. C’est la primauté de l’étude sur le repos, inscrite dans la pierre et le bois. La petitesse de la chambre n’est donc pas un signe de pauvreté, mais le symbole d’une richesse intérieure à conquérir.

L’erreur de parler fort dans la cour intérieure qui brise l’atmosphère spirituelle

L’un des éléments les plus subtils mais les plus puissants de l’architecture d’une médersa est son acoustique. La cour intérieure, souvent un patio carré ou rectangulaire entouré de murs recouverts de zelliges, n’est pas conçue pour les conversations bruyantes. Parler à voix haute dans cet espace est une erreur courante qui en brise instantanément la magie. Le son, se répercutant sur les surfaces dures et lisses des mosaïques, crée une réverbération claire et prolongée. Cet effet n’est pas un défaut, mais une caractéristique recherchée, destinée à amplifier le murmure de l’eau de la fontaine centrale et à favoriser un état de recueillement.

L’architecture traditionnelle marocaine, notamment dans des lieux de savoir et de prière, considère le silence non pas comme une absence de bruit, mais comme une présence active. Le bruit de l’eau sert de guide sonore, un métronome naturel qui dicte le niveau sonore ambiant. Tenter de couvrir ce son par la parole est une rupture de l’harmonie. Le dialogue entre le zellige, le bois sculpté et le plâtre ciselé est visuel, mais il est aussi acoustique. Selon une analyse de l’artisanat marocain, cette harmonie s’étend à l’acoustique, où la réverbération naturelle est propice à la méditation.

Pour vivre pleinement l’expérience, le visiteur doit donc adopter une posture d’écoute. En se taisant, il permet à l’architecture de lui parler. Pour respecter cette atmosphère, quelques règles de conduite simples s’imposent :

  • Parler à voix basse, voire chuchoter, dans la cour et les galeries.
  • Se déplacer lentement pour éviter l’écho des pas sur le sol en marbre ou en zellige.
  • Considérer le son de la fontaine non comme un bruit de fond, mais comme le cœur acoustique du lieu.
  • Respecter scrupuleusement les moments de silence absolu, car les visites sont souvent interrompues pendant les heures de prière.

Grand angle ou détail macro : quel objectif privilégier pour capturer la symétrie des cours ?

Pour l’amateur d’architecture également photographe, la médersa est un terrain de jeu infini. Cependant, la question du choix de l’objectif est cruciale et révèle une intention narrative. Faut-il privilégier un grand angle pour capturer la majesté de l’ensemble, ou un objectif macro pour se perdre dans la perfection d’un détail ? La réponse est : les deux, car ils racontent deux histoires complémentaires. Le grand angle (type 14-24mm) est indispensable pour saisir la grammaire de l’espace : la symétrie parfaite de la cour, le rythme des arches, la hauteur des murs et la façon dont la lumière sculpte les volumes. C’est l’objectif de la structure, celui qui permet de lire le plan d’ensemble de l’architecte.

L’objectif macro (type 100mm), à l’inverse, est celui de la poésie du détail. Il permet d’isoler une tesselle de zellige pour en révéler les subtiles variations de couleur, de capturer la texture du plâtre ciselé comme une dentelle de pierre, ou de suivre les fibres d’une sculpture sur bois de cèdre. C’est l’objectif de l’artisan, celui qui rend hommage aux heures de travail manuel. L’ouverture idéale, selon de nombreux photographes d’architecture, se situe entre f/8 et f/11 pour assurer une netteté maximale sur toute la profondeur de la scène.

Le choix de l’objectif dépend donc de l’histoire que vous voulez raconter. Le tableau suivant résume les usages pour vous aider à préparer votre visite.

Comparatif des objectifs pour l’architecture islamique
Type d’objectif Usage recommandé Avantages
Grand angle 14-24mm Vue d’ensemble de la cour Capture de l’intégralité de la symétrie et des lignes directrices
50mm standard Détails architecturaux moyens Objectif polyvalent pour isoler une colonne, une porte ou une fontaine
100mm macro Détails des zelliges et sculptures Capture des textures et des motifs géométriques fins

Quand le soleil illumine-t-il le bassin central pour le reflet parfait ?

La lumière est le révélateur de l’architecture. Dans une médersa, elle n’est pas un simple éclairage, mais un acteur qui dialogue avec les matériaux et les formes. Pour le photographe, capturer le « moment parfait » est un défi qui demande de la patience et une bonne connaissance de la course du soleil. L’instant le plus recherché est sans doute celui du reflet parfait de l’architecture dans le bassin central. Cet effet miroir sublime la symétrie du lieu et crée une image d’une grande puissance poétique. Pour l’obtenir, il faut viser le moment où le soleil est au plus haut dans le ciel, c’est-à-dire au zénith, généralement entre midi et 14 heures. À cet instant, la lumière plonge verticalement dans le patio, illuminant le bassin sans créer d’ombres portées parasites sur l’eau.

Cependant, d’autres moments de la journée offrent des atmosphères tout aussi intéressantes. La fin d’après-midi, par exemple, entre 16h et 18h, est idéale pour capturer la lumière dorée et rasante qui vient caresser les murs latéraux. Cette lumière chaude exalte les textures du plâtre ciselé et du bois sculpté, leur donnant un relief et une profondeur spectaculaires. C’est le moment privilégié pour la photographie de textures et de détails.

Le choix du moment est donc stratégique et dépend de l’effet recherché. Voici quelques repères pour planifier votre visite :

  • Zénith solaire (12h-14h) : Idéal pour le reflet parfait dans le bassin central et une lumière uniforme dans la cour.
  • Fin d’après-midi (16h-18h) : Parfait pour une lumière dorée et rasante qui met en valeur les reliefs et les textures.
  • Saisonnalité : Le printemps et l’automne offrent les meilleurs angles de soleil pour éclairer les cours intérieures, souvent trop ombragées en hiver et trop dures en plein été.
  • Attention au vendredi : Il est crucial de vérifier les horaires, car certaines médersas peuvent fermer plus tôt ou être inaccessibles aux non-musulmans ce jour-là.

Comment distinguer un vrai zellige de Fès d’une copie industrielle en 3 secondes ?

L’œil non averti peut voir le zellige comme un simple carrelage coloré. L’œil de l’architecte, lui, sait y déceler l’empreinte de la main humaine. Distinguer un zellige artisanal authentique d’une pâle copie industrielle est la compétence fondamentale pour apprécier cet art à sa juste valeur. Le secret réside dans l’observation des irrégularités parfaites. Un vrai zellige est fabriqué à partir de tesselles (petits morceaux de carreaux émaillés) découpées une à une à la main à l’aide d’un marteau tranchant, le *menqach*. Ce processus manuel engendre d’infimes variations de forme et de taille pour chaque pièce. Un mur de zellige industriel présentera des joints parfaitement réguliers et des carreaux identiques ; un mur de zellige fassi vibrera de milliers de petites imperfections qui font sa beauté.

La couleur est un autre indice. Les pigments utilisés dans le zellige traditionnel sont d’origine naturelle, ce qui entraîne de subtiles nuances de teinte d’une tesselle à l’autre. Un bleu cobalt ne sera jamais uniforme, mais chatoyant. Les couleurs industrielles, en revanche, sont plates et homogènes. La palette historique du zellige marocain est d’ailleurs reconnaissable : vert émeraude, bleu cobalt, blanc, jaune safran, brun et noir. Le rouge, par exemple, est une introduction plus tardive, datant du XVIIe siècle.

Enfin, la technique d’assemblage est révélatrice. Les artisans assemblent les tesselles à l’envers, directement sur le sol, avant de couler le mortier. Cette méthode permet d’obtenir des joints extrêmement fins, presque invisibles de loin. Une copie industrielle aura souvent des joints plus larges et plus réguliers, trahissant la standardisation du processus. En résumé, cherchez la vie, l’imperfection, la vibration. C’est là que se niche l’âme du véritable zellige de Fès.

Votre plan d’action : auditer l’authenticité d’un zellige

  1. Observer la surface : Approchez-vous du mur. Cherchez les micro-variations de planéité et les légères différences de taille entre les tesselles. Une surface parfaitement lisse est suspecte.
  2. Analyser les couleurs : Fixez une zone d’une même couleur. Discernez-vous des nuances, des variations subtiles d’intensité ? L’uniformité absolue trahit une fabrication industrielle.
  3. Inspecter les joints : Regardez l’espace entre les morceaux. Des joints ultra-fins et légèrement irréguliers sont le signe d’un assemblage manuel à l’envers, une technique maîtresse.
  4. Examiner les angles et les bords : La découpe manuelle au *menqach* laisse des arêtes vives mais jamais parfaitement droites. Les bords des tesselles sont souvent biseautés pour permettre un assemblage serré.
  5. Toucher la matière : Si possible, passez la main sur la surface. Un zellige artisanal offre une sensation de relief subtil, une texture vivante que la céramique industrielle ne peut reproduire.

Savoir reconnaître un travail artisanal est la première étape pour l’apprécier. Prenez le temps de relire ces points clés pour affûter votre regard avant votre visite.

Comment ne pas paniquer quand on se perd dans les 9000 ruelles de Fès ?

La médina de Fès el-Bali est un labyrinthe légendaire. Avec, selon les estimations, plus de 9 000 ruelles, impasses et venelles, s’y perdre n’est pas une possibilité, mais une certitude. Pour l’amateur d’architecture, cette perte de repères peut être une source de panique ou… une opportunité de lire la ville différemment. Plutôt que de lutter contre le dédale, il faut apprendre sa grammaire topographique. La règle d’or est simple : la médina est construite dans une cuvette. En règle générale, si « ça descend », vous vous dirigez vers le cœur historique (la mosquée Qaraouiyine, les souks). Si « ça monte », vous vous dirigez vers la périphérie et les portes de la ville (les *Bab*).

Ensuite, il faut identifier les artères principales. Comme un corps humain, la médina est irriguée par deux « veines » majeures qui la traversent : Talaa Kebira (« la grande montée ») et Talaa Sghira (« la petite montée »). Ces deux rues parallèles, bien que bondées et sinueuses, sont les axes les plus sûrs pour ne pas s’égarer totalement. Les garder comme fil d’Ariane permet d’explorer les ruelles adjacentes tout en sachant comment retrouver son chemin. Le minaret de la médersa Bou Inania, visible de nombreux points, notamment depuis le toit-terrasse du célèbre Café Clock, constitue également un excellent point de repère visuel pour s’orienter.

Enfin, en cas de désorientation complète, il existe une solution universelle : demander « Bab Boujloud ». Cette porte monumentale, la « porte bleue », est l’entrée principale de la médina et est connue de tous les habitants. Atteindre Bab Boujloud, c’est comme revenir à la case départ et pouvoir se réorienter sereinement. Se perdre à Fès n’est donc pas une fatalité, mais un rite de passage qui, avec quelques clés de lecture, devient une exploration fascinante de l’urbanisme médiéval.

Accepter de se perdre tout en connaissant les règles pour se retrouver est le secret. Gardez en tête ces quelques principes de navigation fassie pour transformer l’angoisse en aventure.

À retenir

  • Le choix entre Bou Inania et Al-Attarine est esthétique, pas qualitatif : il s’agit de choisir entre un discours monumental et une poésie intime.
  • Chaque matériau (zellige, plâtre, bois) possède son propre langage et sa fonction symbolique, créant un dialogue architectural riche de sens.
  • La lumière, l’acoustique et le contraste entre espaces communs et privés sont des éléments de construction à part entière, essentiels à l’expérience spirituelle du lieu.

Pourquoi les motifs de zellige n’utilisent-ils jamais de représentations figuratives ?

L’une des caractéristiques les plus frappantes de l’art islamique, et du zellige en particulier, est l’absence totale de représentations figuratives. Ni humains, ni animaux ne peuplent ces fresques complexes. Cette particularité n’est pas un simple choix stylistique, mais une profonde expression de la théologie et de la vision du monde islamiques. Conformément à la tradition aniconique de l’Islam sunnite, qui cherche à éviter toute forme d’idolâtrie, la représentation d’êtres vivants est proscrite dans les contextes religieux. Comme le résume sobrement une publication spécialisée, la représentation d’êtres humains, voire d’animaux, a souvent été interdite dans les arts de l’Islam.

Cette contrainte, loin d’appauvrir l’art, l’a sublimé en le poussant vers un autre univers : celui de la géométrie, des motifs floraux stylisés (arabesques) et de la calligraphie. Les motifs du zellige sont fondés sur une géométrie rigoureuse, où les mathématiques deviennent un langage pour exprimer l’ordre divin de l’univers. Étoiles à huit, dix ou douze branches, polygones réguliers, entrelacs complexes… Chaque composition est pensée comme une fractale, un motif qui pourrait s’étendre à l’infini, symbolisant ainsi l’éternité, l’unité et la perfection de Dieu. L’art ne cherche pas à imiter la création, mais à en refléter les lois sous-jacentes.

Cette abstraction a une fonction contemplative. Le regard, ne pouvant se fixer sur une figure reconnaissable, est invité à suivre les lignes, à se perdre dans la complexité des motifs, à méditer sur l’harmonie qui en émane. Le zellige n’est pas un décor, c’est un support à la spiritualité. Comprendre cette interdiction, c’est saisir que chaque mur de médersa n’est pas simplement beau, mais qu’il est une affirmation théologique, une vision cosmique traduite en argile et en couleur. C’est cette profondeur qui confère au zellige sa puissance et sa dimension intemporelle.

Maintenant que vous possédez les clés pour lire la grammaire architecturale, la syntaxe de la lumière et le vocabulaire des matériaux, l’étape finale vous appartient. Le choix entre Bou Inania et Al-Attarine n’est plus une question de guide touristique, mais un dialogue intime avec la pierre. Prenez le temps de parcourir les ruelles de Fès, poussez la porte de l’une, puis de l’autre, et écoutez. L’architecture vous parlera, et vous saurez laquelle a été construite pour vous.

Rédigé par Driss El Alami, Architecte du patrimoine et historien de l'art arabo-andalou, diplômé de l'ENA Rabat. Spécialiste de la restauration des Riads et des techniques ancestrales du Zellige avec 18 ans d'expérience sur les chantiers de Fès et Marrakech.